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Derrière les attentats en France, une menace qui dépasse les réseaux extrémistes

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Les derniers assaillants étaient des individus isolés qui se sont radicalisés seuls. La réponse du gouvernement est-elle adaptée?

Un memorial improvisé pour les victimes de l’attaque terroriste du 29 octobre à la basilique Notre-Dame de Nice, en France, qui a fait trois victimes. Un memorial improvisé pour les victimes de l’attaque terroriste du 29 octobre à la basilique Notre-Dame de Nice, en France, qui a fait trois victimes.Credit…Mauricio Lima for The New York Times

  • Nov. 6, 2020

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PARIS — Ils étaient tous inconnus des services de renseignement. Aucun n’a prêté allégeance à un groupe terroriste et aucun groupe ne les a reconnus comme membres. Aucun n’a déclaré de motivation politique. Quand ils étaient apparents, les signes de leur radicalisation s’étaient exprimés par le biais des réseaux sociaux. Et leurs seules armes étaient des couteaux.

Les trois jeunes hommes à l’origine des récents attentats terroristes qui ont secoué la France sont un défi d’une nouvelle sorte pour les autorités françaises: des individus isolés s’étant radicalisés seuls et non pas des réseaux extrémistes islamistes. Ce qui soulève des questions difficiles sur l’efficacité des mesures prises par le gouvernement pour y faire face.

Rattachés à aucun groupe, plus difficiles à détecter et avec une propension à une violence soudaine et difficilement prévisible, leurs attentats sont très différents des assaults orchestrés et synchronisés qui ont frappé la France il y a cinq ans. Perpétrés à l’aide de plans soigneusement élaborés et d’armes sophistiquées, ceux-là avaient fait des centaines de morts et de blessés et avaient été revendiqués par l’Etat Islamique et une filière d’Al-Qaïda.

Ils étaient également différents de l’attentat à Vienne cette semaine, qui a été perpétré au nom de l’État Islamique par un ressortissant autrichien déjà condamné pour avoir tenté de rejoindre l’organisation en Syrie.

ImageUn rassemblement à Paris le mois dernier après que Samuel Paty, un professeur d’histoire, a été tué pour avoir montré en classe des caricatures du prophète Mahomet. Un rassemblement à Paris le mois dernier après que Samuel Paty, un professeur d’histoire, a été tué pour avoir montré en classe des caricatures du prophète Mahomet.Credit…Dmitry Kostyukov for The New York Times

“C’est du jihad individuel, religieux et pas revendiqué”, explique Bernard Squarcini, ancien directeur de la Direction générale de la sécurité intérieur, ajoutant que la France est confrontée à “une nouvelle génération” d’extrémistes islamistes.

Les sept attentats islamistes qui ont touché la France depuis un an, y compris les trois plus récents, ont été perpétrés par des individus inconnus des services de renseignement qui ont utilisés des armes simples et n’avaient pas de liens clairs avec des groupes terroristes, affirme Jean-Charles Brisard, directeur du Centre d’analyse du terrorisme, un institut de recherche basé à Paris.

Le dernier en date, Brahim Aouissaoui, âgé de 21 ans, est arrivé à la fin du mois dernier à Nice dans le sud de la France, quelques semaines à peine après avoir quitté la Tunisie avec d’autres migrants à bord d’un bateau au départ de la ville portuaire de Sfax où il a grandi. Armé d’un simple couteau, il a tué trois personnes dans la basilique Notre-Dame à Nice avant de foncer sur des policiers en criant “Allahu Akbar”. Hospitalisé avec des blessures importantes et atteint également de la Covid-19, il n’a pas encore été interrogé.

Dans sa ville natale, sa famille et ses amis disent que M. Aouissaoui avaient migré en Europe à la recherche de meilleures opportunités. Après avoir abandonné l’école, il avait eu divers petits boulots, fréquentait des boîtes de nuit, buvait de l’alcool et fumait du cannabis. Au cours de l’année passée, il était devenu plus sérieux et avait commencé à prier, même si sa famille et ses amis disent qu’il ne présentait aucun signe de radicalisation.

“Il parlait comme tout le monde dans le quartier, il n’est pas quelqu’un de politisé, il ne parlait pas de partis politiques ni rien”, raconte Karim Hamzi, un ami de M. Aouissaoui. “Il disait juste ‘ce pays va droit dans le mur. La meilleure chose à faire dans ce pays c’est de partir’”.

Après la chute de l’État Islamique en Syrie, cette nouvelle génération d’extrémistes a émergé dans le contexte d’une “atmosphère djihadiste” répandue sur les réseaux sociaux et dans certaines ville européennes, analyse Gilles Kepel, un politologue français expert de l’Islam et du monde arabe.

M. Kepel précise que dans un environnement qui accentue les “ruptures culturelles” — opposant un Islam salafiste et radical à l’Occident mais aussi aux courants modérés de l’Islam — ces jeunes gens se radicalisent et passent à l’acte au contact de l’étincelle adéquate.

“Sans atmosphère, il n’y aurait pas d’étincelle”, résume M. Kepel. “Sans étincelle, il n’y aurait pas non plus d’attaque.”

Concernant les derniers attentats, l’étincelle a été la re-publication de caricatures du prophète Mahomet par le magazine satirique Charlie Hebdo, qui a provoqué d’immenses manifestations à l’étranger, notamment au Pakistan. M. Kepel dit que les vidéos de manifestants qui “brandissent d’énormes couteaux” semblent avoir influencé l’homme à l’origine du premier attentat.

Selon les autorités françaises, Zaher Hassan Mahmood, un homme de 25 ans arrivé en France depuis le Pakistan il y a plusieurs années pour y chercher du travail, avait visionnée ces vidéos en boucle avant de s’acheter un couteau de boucher et de poignarder deux personnes devant les anciens locaux de Charlie Hebdo à Paris, le 25 septembre.

Des enquêteurs sur les lieux de l’attaque au couteau près des anciens locaux de Charlie Hebdo à Paris en septembre.Credit…Ian Langsdon/EPA, via Shutterstock

La nouvelle de cette attaque au couteau semble avoir poussé à l’action Abdoullakh Anzorov, un réfugié d’origine tchétchène âgé de 18 ans, qui a grandi en France et qui, depuis quelques mois, était devenu actif sur des réseaux sociaux extrémistes. Le jour même de l’attaque au couteau, M. Anzorov s’est mis à chercher les adresses d’individus qui auraient offensé l’islam, selon une analyse du journal Le Monde de son compte Twitter, désormais supprimé.

Il s’est finalement fixé pour cible un professeur de collège qui, en montrant les caricatures de Charlie Hebdo dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, avait provoqué la colère de plusieurs parents et élèves musulmans. Armé d’un couteau et de deux carabines à plomb, il a décapité le professeur, Samuel Paty, le 16 octobre.

“Dans ces trois dernières attaques, il y a une absence de revendication politique et juste une revendication religieuse”, explique Wassim Nasr, un journaliste spécialiste des mouvements djihadistes et auteur d’un livre sur l’Etat islamique, qui ajoute que les assaillants étaient des “fanatiques” plutôt que des “djihadistes”.

La colère religieuse provoquée par la re-publication des caricatures élargit le vivier des terroristes potentiels, estime M. Nasr. Et, ajoute-t-il, elle fait le jeu du mouvement djihadiste, qui affirme que tous les musulmans sont concernés par leur combat.

Mais au lieu de reconnaître que les attentats sont motivés par un fanatisme exclusivement religieux, le gouvernement français leur prête une dimension politique, selon lui.

“Cela devient contre-productif”, prévient-il.

Le gouvernement français a déclaré que la principale menace est le “séparatisme islamiste”, qu’il décrit comme un réseau islamiste radical local qui défie la stricte laïcité que prône la France. Au lendemain des récents attentats, les autorités françaises ont pris des mesures de répression contre des individus et des associations musulmanes qu’elles qualifient d’islamistes.

Mais pour Olivier Roy, politologue à l’Institut universitaire européen de Florence et spécialiste de l’islam, la riposte du gouvernement français est inadaptée à la nature nouvelle de la menace.

Toute l’erreur du gouvernement, c’est de penser que ce type de radicalisation, quasiment mystique pour moi, est la conséquence d’un endoctrinement religieux,” dit-il.

Un portrait de Samuel Paty sur un abribus à Conflans-Sainte-Honorine, la banlieue parisienne où il a été tué.Credit…Dmitry Kostyukov for The New York Times

M. Brisard, du Centre pour l’analyse du terrorisme, estime cependant qu’ils agissent seuls mais ils ne sont pas déconnectés”.

Pour contrer cette nouvelle vague de terroristes, la France doit éradiquer les réseaux extrémistes, qui sont “des intermédiaires naturels et logiques dans le processus qui mène à la violence, et étendre la portée des services de renseignement français en y intégrant la police et les fonctionnaires locaux, ajoute-t-il.

Pour M. Squarcini, ancien directeur du renseignement intérieur, la surveillance d’individus qui n’ont aucune affiliation avec des groupes terroristes est un défi neuf pour les services de renseignement du pays. Et c’est désormais sur les réseaux sociaux qu’ils doivent avant tout tenter de trouver des indices.

“Il faut pouvoir trier intelligemment et faire une analyse plus fine”, dit-il. “Là on sait moins bien faire”.

On ne sait pas exactement comment M. Aouissaoui, le Tunisien à l’origine de l’attentat de Nice, est arrivé en France.

Il a quitté Sfax le 19 septembre en bateau avec d’autres migrants, puis a passé plusieurs semaines sur un navire des autorités italiennes où les arrivants sont placés en quarantaine pour limiter la propagation du coronavirus, disent des amis et des membres de sa famille.

Un autre migrant originaire de Sfax, Ahmed Tahri, 25 ans, qui a partagé une chambre avec M. Aouissaoui sur le navire italien mais qui a été renvoyé en Tunisie, raconte que ce dernier était relativement solitaire à bord.

“Il se réveillait le matin, priait, mangeait”, se rappelle M. Tahri, ajoutant qu’il lui empruntait souvent son téléphone pour appeler chez lui, lisait parfois le Coran et faisait de la gymastique dans leur chambre avant de s’endormir.

Selon Ahmed Kiid, un de ses amis proches à Sfax, M. Aouissaui ne parlait jamais de politique lorsqu’il téléphonait du navire, mais seulement de son projet de se rendre en France pour y trouver du travail et retrouver d’autres sfaxiens.

Cela faisait deux ans que, comme beaucoup de jeunes Tunisiens, M. Aouissaoui parlait d’aller en Europe.

“Il voulait une voiture, un smartphone comme les autres gens de son âge”, raconte sa mère, Gamra, qui lui avait déconseillé de partir.

Des caméras de surveillance ont filmé Brahim Aouissaoui, le jour de l’attaque à Nice, dans la principale gare de la ville, ci-dessus, retournant sa veste et changeant de chaussures avant de se rendre à la basilique.Credit…Mauricio Lima for The New York Times

Avec les autres membres de sa famille, elle prononce ces mots depuis la terrasse de leur maison, dans un quartier où les rues poussiéreuses sont jonchées de débris de briques et de tuiles. M. Aouissaoui dormait d’habitude dans le salon avec plusieurs de ses neuf frères et sœurs, disent-ils.

M. Aouissaoui a quitté la Tunisie sans prévenir sa famille et n’a appelé qu’une fois arrivé en Italie. Après avoir quitté le navire de quarantaine, il a travaillé dans une oliveraie et s’est procuré de nouveaux vêtements et le smartphone qu’il désirait tant, disent sa famille et ses amis.

Sur son compte Facebook, il a publié une photo qui le montrait posant avec son téléphone tout neuf. Au-dessus, on pouvait lire cette légende: “Allah sait que nous ne sommes pas ici pour ce monde mortel”.

Norimitsu Onishi et Constant Méheut ont enquêté depuis Paris. Layli Foroudi a contribué depuis Sfax, en Tunisie.

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